Chant pour l'au-delà des mers

J’ai décrit aux vagues les beaux rivages blancs
Des Terres Immortelles et des îlots ardents
J’ai murmuré son nom aux quatre vents du monde
Qui ont sitôt soufflé tout autour de la ronde

J’ai longuement scruté le vide étoilé
Mais la voûte céleste reste toujours voilée
Et la lune argentine, baignée dans son halo
Ne se rappelle plus cet unique falot

J’ai confié à la nuit ma secrète nostalgie
Et l’écho m’en revînt sous forme d’élégie
Tristesse d’une vie d’errance et orpheline
De sa terre, de son île et de l’Arbre de Sîn

Ô Dilmun, cœur de Darna et des Sinéens
Tu demeures cachée à tes Narâméens
Tes enfants perdus au-delà du Ténébreux
Vaste solitude aux dangers si nombreux

Ils traversèrent cet océan environnant
A la poursuite de Zergal, ô l’intriguant
Seigneur de l’Ereshkigal, de la lune noire
Qui vola trois des sept pommes, ô désespoir

En Schémali et Janubi, ils débarquèrent
Là où jadis leurs aînés se montrèrent fiers
Et Enki, et Ruda, terribles combattants
Dont la légende résonne encore en ces temps

Au détour d’un bras de mer, soudain une trêve
Une grande baie et des îlots surgis d’un rêve
Dernier rivage avant les premiers supplices
Telle est Sadalsuud, la propice des propices

Ô Dilmun, cœur de Darna et des Sinéens
Tu demeures cachée à tes Narâméens
Tes enfants réfugiés dans un havre de paix
Où s’épand l’espoir de l’originel foyer

Quand le cor de Sambar sonna l’heure de la guerre
Narâm-Sîn et les siens s’apprêtèrent comme naguère
Armures étincelantes et boucliers d’argent
Les chevaliers de l’Arbre défièrent le néant

A l’heure magnifique de l’aube imminente
Ils partirent vers le crépuscule d’épouvante
Et les femmes sur les hauteurs, chevelure au vent
Entonnèrent le chant sublime des guerriers d’antan

Après maintes épopées et rencontres fabuleuses
Scellèrent leur destin en une alliance heureuse
Sinéens, Magiciens, Nisnas et Nomades
Unis dans la tourmente pour l’ultime algarade

Ô Dilmun, cœur de Darna et des Sinéens
Tu demeures cachée à tes Narâméens
Tes enfants qui chevauchent au pays des Deux Terres
Et affrontent le mal par l’épée et le vers

De la porte de Ganzir aux vantaux épieurs,
Déferla l’ennemi, devant la mort rieur
Conduit par le perfide poète de l’ombre
Usi-Watar, le roi de la cité sombre

Bataille furieuse, tourbillonnante dans le ciel
Mêlées sanglantes et hurlements pleins de fiel
Sous les coups des protecteurs du Ningizida
Razalgol céda et l’Ereshkigal tomba

Deux des trois furent reprises à Zergal pantois
Qui de rage consuma la dernière sans émoi
Et le ciel se para d’un opaque brouillard
Qui voila à jamais le chemin des Enkars

Ô Dilmun, cœur de Darna et des Sinéens
Rivages oubliés pour tes Narâméens
Les exilés de l’Arbre scrutent les lointains
Le mirage d’un retour que chacun sait vain