La fille de l'océan

J’ai entendu dans le souffle nerveux du vent
Dans la voix de l’abîme et le chant des oiseaux
Un cri de désespoir, une rage venue des flots
Qui submergea mon cœur et me glaça le sang

Elle disparut un jour des jardins de coraux
De son lit de sable aux brisures de nacre
Dérobée par la terre qui lui promit un sacre
Un royaume plus beau par de trompeurs propos

Viens dit-elle contempler les merveilles de la terre
Mes montagnes d’azur aux neiges éternelles
Mes prairies immenses diaprées d’une robe nouvelle
Mes forêts lointaines peuplées d’étranges mystères

La candide suivit l’écheveau de sa perte
Et depuis son départ, les flots se lamentent
Les vagues orphelines, de chagrin gémissent
Car le blanc de l’écume disparut de leurs crêtes

Mais le parfum iodé et la caresse de l’onde
Vinrent à lui manquer en un besoin vital
Elle se mit à pleurer sur son destin fatal
Et l’écho de ses pleurs parvint aux eaux profondes

L’océan renaissant de ce nouvel espoir
Ordonna à la terre de lui rendre sa chair
Il enfla, il mugit, déversa sa colère
Et la terre secouée lui rendit son ivoire

Malheur ! Elle se mourait d’une lente agonie
Le courant de sa vie quitta son corps gelé
Rejoignit l’océan pour l’ultime traversée
Et les coraux sublimes moururent de dépit

Tempête dans son âme, tempête venue du large
L’océan fit naufrage, il sombra de douleur
De ne pouvoir revoir la perle des profondeurs
Son amour de fille qu’il gardait sans partage

Alors des profondeurs, monta un chant lugubre
Un présage funeste, une onde frissonnante
Les nuages lourds de sa douleur béante
Noyèrent la terre dans un grondement funèbre